Mark Hollis

( 1955 – 2019 )

Mark Hollis sur le site de l’Oreille Absolue en 1998 : « En tant qu’homme, déjà, je n’ai aucun problème avec le silence. En tant que musicien, il est logique que je lui accorde la plus grande importance. Le silence fait partie intégrante du langage. Si vous voulez le rompre, vous devez avoir une sacrée bonne raison. Sinon, allez vous faire foutre, vous comprenez ! (Il rit de bon coeur) Je n’ai pas eu de révélation à ce propos, ça ne m’est pas soudainement tombé dessus un jour. Disons que ma relation avec le silence est simplement devenue plus étroite avec le temps. Nous sommes des amis très proches. J’aime bien le convoquer, même dans les moments où je suis dans une logique d’exploration ou de création du son. J’aime par exemple appuyer très doucement sur une touche de mon piano, de sorte que le marteau effleure à peine la corde. Cette zone de frottement et de flou acoustique entre le son et le silence m’intéresse énormément. Avec Phill Brown, l’ingénieur du son qui m’a accompagné sur mon album, nous avons accompli un énorme travail de recherche ce côté-là, sans artifices, simplement en jouant sur le positionnement des micros et des instruments dans l’espace du studio. J’ai aussi essayé d’appliquer ça à ma voix. Si je joue et chante à un niveau de plus en plus bas, ce n’est pas pour bouleverser l’histoire de l’art, mais pour essayer d’approcher la musique dans ce qu’elle a de plus secret. L’idéal serait de ne même plus jouer ni chanter les notes, mais de les penser si intensément que l’auditeur pourrait les percevoir. C’est certainement le genre d’idée qui, au moment d’enregistrer, doit traverser l’esprit d’un chanteur comme Johnny Cash. J’espère parvenir à cela un jour : atteindre l’âme même du chant, par le biais d’une démarche qui aurait plus à voir avec l’esprit qu’avec le corps. »

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